Psycho VS Coaching : deux disciplines complémentaires.

Psycho VS Coaching : deux disciplines complémentaires.

Interview avec Camille Savary, psychologue clinicienne et psychothérapeute à Rennes. La prise en charge du haut potentiel et la réalisation des bilans psychométriques chez l’enfant (WISC V) et l’adulte (WAIS IV) sont deux de ses spécialités.

Camille est parfois amenée à m’adresser des patients qu’elle suit dans le cadre d’une thérapie et pour lesquels la question professionnelle devient centrale voire « polluante » dans le suivi. Ses patients deviennent alors mes clients et je les accompagne en coaching.

Patients après clients nous avons pu constater la complémentarité de nos deux disciplines.

 

Quelle est, selon toi, la différence fondamentale entre un suivi en psychologie et un coaching ?

 

Camile Savary : La frontière est parfois floue, ou ténue, entre un accompagnement en psychothérapie, et du coaching. La différence la plus évidente, sans doute, est liée à la sphère d’intervention. Le psychologue clinicien va s’intéresser à la vie psychique de son patient, dans sa globalité. Nos modes de fonctionnements, nos schémas, notre parcours de vie, impactent tout autant notre vie de famille, que notre relation au travail, ou à nos amis… Tout cela est indissociable.

En outre, le psychologue travaille aussi bien avec le conscient que l’inconscient. C’est même d’ailleurs cette seconde dimension qui sera déterminante pour comprendre ce qui fait souffrance, et amorcer un changement.

Le coach professionnel, lui, va axer son travail sur le domaine professionnel. Bien sûr, il ne va pas pouvoir faire totalement l’impasse sur la sphère privée, mais ce ne sera pas l’objet premier de son accompagnement.

 

Isabelle Lemière : Effectivement, le coach d’affaires, dont la spécialité* s’attache aux problématiques professionnelles exclusivement, va explorer avec son client, toutes les ressources enfouies et méconnues de lui. Par son questionnement et à l’aide d’outils très pragmatiques, le coach ouvre des portes et accompagne son client à mieux se connaître et à comprendre ses blocages et croyances limitantes. Les drivers, les valeurs, les talents, le retour d’image entre autres… permettent de rassembler des éléments très importants de la personnalité du client et lui révèlent tout le potentiel sur lequel il/elle va pouvoir s’appuyer pour résoudre sa problématique. Ainsi, mieux armé, le client va petit à petit mettre en perspective sa situation et s’adapter de façon consciente pour un meilleur confort professionnel.

Le coach travaille sur l’ici et maintenant pour projeter son client vers l’avenir, dans un temps qui doit être court, 3 à 6 mois maximum. C’est aussi une grande différence avec la psychothérapie qui peut se prolonger dans le temps, sur plusieurs années parfois.

*Les coachs certifiés ont chacun leur spécialité. Par exemple, le coach d’affaires accompagne les individus dans leurs problématiques professionnelles alors que le coach de vie les accompagne dans leur vie personnelle et privée.

 

 

Quel peut-être l’apport d’un coaching pour un patient déjà suivi par toi ? As-tu pu observer un changement ? Quel(s) changement(s) par exemple ?

 

CS : En thérapie, le psychologue, par essence, ne fait pas grand-chose… il essaye d’accompagner son patient dans une meilleure connaissance de lui-même, de l’aider à trouver accès aux ressources qu’il a déjà en lui. Le psy est souvent peu directif.

Carl Rogers, père de la psychologie humaniste, l’exprimait ainsi : « Chaque individu est unique. Il détient au plus profond de lui sa propre vérité, sa vie et le tracé potentiel de son chemin, qu’aucune science du psychisme ne peut enfermer…Il peut accéder à ses ressources s’il se sent compris, accepté, non jugé ».

Un accompagnement en coaching peut permettre de « libérer l’espace thérapeutique » pour une réflexion profonde sur soi, tout en travaillant à côté avec le coach, de façon plus pragmatique et peut-être un peu plus directive, sur ce que souhaite la personne sur le plan professionnel.

Je l’ai remarqué à de nombreuses reprises, les deux espaces (coaching et thérapie) se complètent. Parfois même, des dynamiques de changement balbutiantes en psychothérapie s’actualisent et prennent corps grâce au travail de coaching, ce qui enrichit d’autant plus le travail entamé, et peut donner un nouvel élan à la thérapie.

 

IL : Les observations de Camille rejoignent les miennes. Mes clients HPI, suivis en psychothérapie, arrivent en coaching avec un bagage plus léger. Ils se concentrent alors pleinement sur ce qui les amène : une envie de reconversion, un désir de stabilité professionnelle, une perte de sens au travail… Ils font clairement la part des choses et souvent, après quelques séances, ils ont un déclic qui leur permet de débloquer une situation inconfortable dans laquelle ils étaient enlisés depuis longtemps. Le travail représentant une part importante de notre vie, le retentissement est donc plus global sur l’individu.

 

A quel moment estimes-tu qu’il est intéressant de proposer à ton patient d’aller à la rencontre d’un coach ?

 

Parfois, au cours de la thérapie, la question professionnelle devient centrale, ou même, disons-le, polluante. A ce moment, en tant que psychologue je vois qu’il serait intéressant pour la personne de « mettre en pratique » ce qu’elle découvre d’elle-même et de ses besoins auprès de quelqu’un qui va savoir l’accompagner plus spécifiquement sur une réorientation professionnelle, par exemple.

Bien sûr, en thérapie, on ne peut pas évacuer la question du travail, et ce n’est pas souhaitable. Mais on va l’aborder sans doute plus par le prisme du relationnel, ou d’un mode de fonctionnement qui pourrait conduire à un burn-out… A ce moment, un patient peut avoir besoin d’un accompagnement un peu plus « directif ».

 

IL : Oui, se sentir bien dans son travail, y trouver du sens, se sentir utile et s’y épanouir, sont des critères centraux et au cœur du bien-être d’une personne. Dans certains cas, la psychothérapie arrive en butée dans ce domaine et le passage de témoin vers un coaching peut s’avérer salutaire et nécessaire. Le coach accompagne alors le client sur un terrain beaucoup plus terre à terre et libère ainsi l’esprit du patient pour le reconnecter à sa thérapie avec le psychologue.

 

Penses-tu qu’il y ait une complémentarité entre nos deux disciplines ? Pourquoi ?

 

Il est évident que le psychologue est parfois un peu coach, et le coach parfois un peu psychologue… c’est même une bonne chose ! Mais ce sont deux approches différentes, avec une finalité, une temporalité, une méthodologie différentes.

En thérapie, on va s’attacher aussi à explorer le parcours de vie, le passé et la manière dont il nous impacte aujourd’hui, notamment de manière inconsciente. Je pense que le coaching sera plus franchement axé sur l’ici-et-maintenant, et l’avenir. C’est en cela que les deux disciplines peuvent être très complémentaires.

En psychothérapie, je vais me tourner vers l’intérieur, vers mon espace psychique, pour mieux comprendre d’où je viens, comment je me suis construit, et comment tout cela impacte ma vie aujourd’hui. Pour mieux me reconnecter à mes besoins profonds. Et là, je peux amorcer un changement.

Avec le coaching, justement, je regarde plus spécifiquement ce que j’ai envie de changer dans ma sphère professionnelle, à la lumière de ce que je travaille en thérapie. Mener les deux en parallèle est extrêmement riche.

IL : Camille m’envoie régulièrement des patients HPI qu’elle suit en psychothérapie et qui se trouvent face à des questions d’ordre professionnel. De fait, ses patients deviennent mes clients. Nous avons toutes les deux pu constater les bienfaits d’un double suivi quand c’est nécessaire et voulu par le patient/client.

Il s’agit bien de complémentarité et non de concurrence. Comme l’explique Camille, la temporalité n’est pas la même entre les deux disciplines, de même que le passage de l’une à l’autre n’est pas toujours nécessaire bien sûr. Le psychologue sent quand il/elle peut conseiller son patient à aller voir un coach. Le coach professionnel certifié connaît aussi extrêmement bien les limites du coaching et de son domaine de compétences. Il sait et doit passer la main quand la demande et/ou les attentes de son client flirtent avec la thérapie.

C’est déjà lors du RDV découverte, quand le client pose sa problématique, que le coach comprend où doit se situer l’accompagnement : coaching ou thérapie. Puis séance après séance, le coach peut sentir la nécessité de passer la main à un-e psychologue et conseiller à son client d’aller consulter. Ceci peut alors se faire en parallèle ou alors le coach peut proposer une pause dans le coaching, le temps que son client fasse sa thérapie.

 

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