Faut-il ou non passer le test WAIS IV quand on pressent un haut potentiel chez soi ?

Faut-il ou non passer le test WAIS IV quand on pressent un haut potentiel chez soi ?

Interview avec Camille Savary, psychologue clinicienne et psychothérapeute à Rennes. La prise en charge du haut potentiel et la réalisation des bilans psychométriques chez l’enfant (WISC V) et l’adulte (WAIS IV) sont deux de ses spécialités.

Camille met tout en œuvre pour que ses patients passent le test dans les meilleures conditions possibles.

Isabelle Lemière : Pouvez-vous nous expliquer rapidement ce qu’est ce test ?

Camille Savary : La WAIS IV (Wechsler Adult Intelligence Scale, dans sa 4e version) est un test psychométrique, qui vise à évaluer le fonctionnement intellectuel d’une personne. Il permet d’explorer différents domaines du fonctionnement cognitif : verbal, logique, mnésique, mais aussi la vitesse de traitement. Le psychologue calcule ainsi des scores pour chacune de ces échelles, mais également un score global (le fameux Quotient Intellectuel), qui permet de situer un individu par comparaison avec les performances des sujets du même âge. 

IL : Comment un adulte en vient à passer ce test dans votre cabinet ?

CS : Les raisons peuvent être diverses. 

Certains sont parents, et ont été amenés à proposer un bilan à leur enfant. Bien souvent, lors de la restitution des résultats, quand j’évoque le haut potentiel et ce qu’il recouvre concernant leur enfant, ils se sentent concernés. Certaines particularités liées à la précocité intellectuelle résonnent fortement pour eux, et ils décident parfois de passer les tests pour eux-mêmes.

Pour d’autres personnes, il s’agit d’un questionnement sur soi. Certains s’interrogent sur leur fonctionnement, un sentiment de décalage souvent ressenti depuis l’enfance. Au détour d’un échange avec une connaissance, ou de leurs recherches sur Internet, ils découvrent que « le surdoué » n’est pas réductible à l’image d’Epinal encore vivace dans l’imagerie collective. Qu’être haut potentiel ne signifie pas nécessairement avoir réussi à l’école. Que ce fonctionnement intellectuel particulier s’accompagne bien souvent d’un fonctionnement émotionnel intense, pas toujours évident à gérer.

IL : Parmi les clients HPI que je reçois en coaching, certains ont fait le test et d’autres non. Ceux qui ne l’ont pas encore passé peuvent être réticents : peur de l’échec, ne se sentent pas prêts ou n’en voient pas l’utilité, par exemple. Qu’en pensez-vous ? Votre réponse est-elle vraie pour tous types de personnalité ? 

CS : Je n’ai encore jamais rencontré un adulte qui ait fait cette démarche sans douter ! A l’âge adulte il y a un enjeu qui n’existe pas (ou moins) dans l’enfance. « Et si je m’étais inventé tout ça ? », « Et si en fin de compte on me dit que je suis stupide ? »…

C’est encore plus vrai pour ceux qui ont été fâchés avec l’école… Ils ont parfois l’impression qu’ils vont revivre une situation d’évaluation qui ne leur rappelle pas de bons souvenirs.

D’expérience, je vois que la plupart des personnes qui commencent à s’interroger finissent par sauter le pas, parce qu’elles ont besoin d’objectiver les choses. D’être « sûres ».

Au final, il ne s’agit pas de s’enfermer dans une case, mais simplement d’avoir une certitude, une nouvelle connaissance sur soi qui peut être une grille de lecture pour mieux comprendre la relation au monde, aux autres, à soi-même…

IL : Quels sont les enjeux d’une telle démarche pour un adulte chez qui tout indique qu’il est HPI ?

CS : A nouveau, il s’agit surtout de lever les doutes… et d’avancer ! Cela peut parfois permettre une relecture du passé, d’un parcours de vie, de ressentis qu’on n’arrivait pas à expliquer. Simplement mettre des mots sur une réalité qui est déjà là.

Je remarque également qu’une grande majorité des personnes surdouées que je rencontre ont peu confiance en elles. C’est aussi à cela que peut servir le test : entamer la (re)construction de l’estime de soi. Il ne s’agit pas de se penser plus intelligent, simplement intelligent différemment…

J’ai pu accompagner des personnes qui se sont enfin autorisées à mener à leur terme des projets qui leur tenaient à cœur : reprendre des études, monter une entreprise, changer de travail…

IL : Comment gérer un résultat qui fait état d’un haut potentiel ? et inversement, un résultat qui ne montre pas de haut potentiel chez le patient qui vient consulter ?

CS : J’ai peur de faire à nouveau une réponse de normande… Je dirais que tout dépend d’où l’on vient ! 

Certaines personnes sont déjà très documentées, et c’est justement la raison pour laquelle ils viennent passer les tests. Avec eux, il s’agit plus d’échanger sur la façon dont ils peuvent s’approprier ces nouvelles informations sur eux-mêmes. Ils sont souvent demandeurs de conseils, d’outils pour mieux gérer les émotions et ce mental parfois envahissant.

Pour les autres, qui « découvrent » le haut potentiel, j’explique ce qu’il recouvre. Même si bien sûr chaque personne est différente, il y a quand même des points communs. Beaucoup ont du mal à gérer leur grande sensibilité, leur tendance à la procrastination, ou un sentiment d’ennui au travail.

Et si le test ne révèle pas de haut potentiel, la discussion autour du profil cognitif mis en lumière par le bilan reste très intéressante. Quand une personne fait cette démarche, ce n’est jamais un hasard. Elle partage souvent quelques spécificités liées au haut potentiel et des points forts à valoriser pour là encore renforcer l’estime de soi.

IL : Quels conseils donneriez-vous à une personne, possiblement HPI, qui se pose la question du bien fondé d’aller passer ce test ?

CS : Je lui suggérerais de s’écouter… Chacun a une temporalité différente, parfois ce n’est pas « le bon moment ». Mais je remarque aussi que plus on attend, plus l’enjeu grandit et plus le stress monte.

Et je rappellerais que la WAIS n’est pas qu’un « test de QI », c’est avant tout une démarche qui permet de dresser le profil cognitif d’une personne, de mettre en lumière ses ressources, parfois aussi de révéler un trouble d’apprentissage qui n’a pas été décelé dans l’enfance.

En principe, surtout si la personne est hésitante, le psychologue doit proposer un premier entretien, qui n’est pas engageant et permet justement d’échanger autour de la pertinence de réaliser ce bilan. C’est l’occasion de démystifier un peu la démarche de test et de dédramatiser la situation d’évaluation. De manière générale, c’est plutôt un moment agréable et stimulant !

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