Les spécificités du coaching de zèbres

Les spécificités du coaching de zèbres

Je partage avec vous l’entrevue que j’ai eue avec Valérie Garrel en mai 2018, coach d’affaires, installée à Montréal depuis 10 ans et spécialisée dans le coaching des HPI (haut potentiel intellectuel) adultes. Je suis entrée en contact avec elle pour avoir son retour d’expérience sur toutes ses années d’accompagnement et de pratique avec ces fameux « zèbres » (dénomination vulgarisée par Jeanne Siaud Fachin pour désigner les HPI).

Après sa certification, la première cliente que Valérie a accompagnée était HPI. Surprise par la quantité d’intérêts divers de sa cliente et sa rapidité intellectuelle, Valérie s’est intéressée au sujet de la douance adulte. Elle s’est beaucoup documentée et a lu le plus de littérature possible disponible à l’époque.

Aujourd’hui, sur son site https://hautpotentielcoaching.com Valérie se déclare être la seule coach d’affaires spécialisée en douance sur Montréal et sa région, et accompagne des HP francophones qui vivent partout dans le monde par Skype interposé.

Son expérience a, depuis bien longtemps, dépassé la théorie et nous éclaire sur la réalité de l’accompagnement de la douance adulte par le coaching.

En relisant cette entrevue avec plus de 2 ans de recul et avec mon expérience sur le sujet auprès de mes clients HPI, je me suis prise au jeu de répondre à mes propres questions.

Coach’n Happy : Quelles sont les problématiques pour lesquels des HP adultes viennent vous voir ? Y a-t-il des demandes récurrentes ?

Valérie Garrel : Ils me consultent en général pour des thématiques de carrière ou pour les plus jeunes, des questions liées aux études.

Comment choisir quand tout nous intéresse, comment déterminer si un poste, un métier, une thèse va encore nous intéresser dans 6 mois ou 1 an ?

Ou encore, comment, dans le cadre d’un changement de poste, ne pas reproduire les mêmes erreurs dans mon nouvel environnement ; donc comment apprendre à mieux communiquer avec le reste du monde qui, statistiquement, a des chances d’être neuro-typique…

Les thèmes les plus fréquents sont donc la carrière et les relations aux autres.

Coach’n Happy : Comme mon domaine d’intervention reste professionnel, ils (elles) viennent me voir pour des problématiques relationnelles, de reconversion professionnelle ou de positionnement dans l’entreprise.

Au-delà d’être récurrentes, les demandes partent souvent d’un questionnement plus global sur le sens de leur travail et/ou la confiance en soi.

Ils font rapidement le tour de leur poste, et s’ils ne sont pas nourris par de nouveaux projets, missions ou activités, ils finissent par s’ennuyer et quittent leur travail pour un nouveau où, bien souvent, l’histoire se répète.

Ils viennent aussi pour mettre fin à cet engrenage.

C’n H : Les HP adultes qui viennent vous voir ont-ils déjà été ou sont-ils suivis par un psychologue ? (Sans parler des RDV nécessaires qui permettent de faire le diagnostic.) 

VG : Pas de règle sur ce point. Certains l’ont été ou le sont encore en parallèle. Certains ne l’ont jamais été car ils n’en ressentent pas le besoin.

La douance n’est pas une pathologie, c’est une différence.

Ce qu’il peut y avoir à gérer en psychothérapie c’est l’incompréhension de l’écart entre moi et les autres (et les souffrances qui en découlent), la quête identitaire (être extraterrestre, être différent mais vouloir être comme les autres. Et des problématiques psy de tout un chacun (dépression, personnalités limites, estime de soi, croissance personnelle…).

Je pense que le suivi par les psy ou neuropsy peut en revanche être salutaire dans le cas des enfants ou ados en souffrance psychologique, idéalement assez tôt dans leur parcours pour dédramatiser leur différence et faire qu’ils y voient du beau plutôt qu’un fardeau.

Toutefois, il ne faut jamais oublier dans notre intervention la grande différence entre psychothérapie et coaching et je réfère systématiquement à un professionnel de la thérapie quand je sens que les souffrances sont trop importantes ou les blessures trop ancrées. Chacun son métier !

Coach’n Happy : Parfois ils ont été suivis par un voire plusieurs psys (psychologue ou psychiatre), parfois ils sont suivis au moment où ils viennent me voir.

J’avoue qu’il est très rare qu’ils n’aient jamais consulté.

De mon point vue, nous sommes très complémentaires. Le psy va fouiller le passé pour comprendre d’où vient le mal-être. C’est d’ailleurs souvent par eux que les HPI mettent le doigt sur leur douance. Ce sont aussi les psychologue assermentés qui font passer les tests de QI. Le coach va travailler sur l’ici et maintenant pour travailler et atteindre un objectif clairement défini.

Il peut d’ailleurs m’arriver de diriger un client vers un thérapeute si sa problématique dépasse le cadre du coaching ou s’il souhaite passer un test.

C’n H : J’imagine que vous avez déjà coaché des individus qui ne sont pas surdoués. Si on se place uniquement dans la sphère de la pratique du coaching, quelles sont, selon vous, les spécificités d’un coaching de HP ?

VG : Les spécificités sont le contenu (très profond, très précis) et la vitesse d’intervention. Ils vont plus vite à cheminer et à tirer leurs propres conclusions ; on ne tourne pas autour du pot, les sous-entendus sont entendus, tout simplement. Et personnellement j’ai pris la posture de tout leur expliquer : ma démarche, leur fonctionnement, le fonctionnement des autres. C’est passionnant pour eux, ils avancent plus vite et cela m’oblige à me documenter un peu plus.

J’ai aussi fait le constat que les deux questions principales qui reviennent souvent chez les HP adultes sont :

1 – de décider ou non de faire le diagnostic pour ceux qui ne l’ont pas encore fait. Ce diagnostic n’est pas une exigence en coaching.

2 – de faire leur coming-out quand ils découvrent qu’ils sont HPI : le dire ou pas avec la crainte de changer le regard des autres.

Coach’n Happy : la grande spécificité est l’attente du client HPI envers son coach. Il (elle) a besoin d’être compris en tant qu’atypique, d’être complètement en confiance et va vérifier que le coach métrise le sujet de la douance.

Les HPI ayant tendance à partir facilement dans tous les sens en laissant divaguer leur pensée, ils nécessitent souvent un recadrage sur la question de départ.

Enfin, le coach doit rester factuel et ne pas se laisser embarquer par les émotions de son client HPI qui peuvent être fortes en séance.

C’n H : Utilisez-vous des outils particuliers pour eux ? Avez-vous constaté que certains outils ne fonctionnent pas ou pas bien ? En avez-vous créé ou adapté certains ?

VG : Les quelques outils que j’utilise fonctionnent aussi bien avec les atypiques qu’avec les neuro-typiques et je n’ai pas eu pour l’instant à en développer d’autres mais on sait peu de choses encore du spectre de la douance. Il n’est pas impossible que je découvre par ma pratique empirique, sur le nombre, des tendances m’amenant à reconsidérer mes méthodes d’intervention à l’avenir.

Coach’n Happy : Non, j’utilise les mêmes outils quel que soit le profil de mes clients. En revanche, certain de mes clients HPI, très créatifs, peuvent me fournir des rendus très étonnants.

Par exemple, une de mes clientes, qui souhaitait se reconvertir dans l’illustration, m’a fait une ligne de vie très stylisée. Une autre cliente avait dessiné son projet plutôt que de l’écrire.

Cela ne m’est jamais arrivé avec mes autres clients non HPI.

C’n H : La durée et le rythme des séances sont-ils différents avec les HP ?

VG : Je pars sur des forfaits de 6 à 10 séances. Il n’est pas rare que le processus de coaching se termine en 6 séances car les surdoués cheminent vite et peuvent atteindre rapidement leur objectif. En revanche les séances ne sont pas plus courtes : au contraire. Ils ont souvent beaucoup de choses à raconter et je prends le temps qu’il faut pour les écouter.

Coach’n Happy : Non, je pars toujours sur un engagement de 10 séances qui peut être revu à la baisse ou à la hausse. C’est le client qui avance à son rythme et c’est aussi lui qui sait quand il a atteint son objectif. Le côté atypique n’est pas significatif de ce côté là dans me coachings.

C’n H : On peut lire que les surdoués seraient mieux accompagnés par un coach HP. Qu’en pensez-vous ?

VG : Je sais que c’est une idée répandue en effet. Je n’avais pas vraiment d’avis arrêté sur ce point jusqu’à ce que mes clients eux-mêmes me disent qu’ils avaient eu pour certains de la difficulté avec des psychologues ou coaches pour qui la douance n’était que théorique. Je pense que le coach HP est essentiellement bien plus à même de s’adapter à des discussions décousues et partant dans tous les sens et au rythme de la discussion et de la progression (bien plus rapide dans le cas des atypiques). Ma réponse serait donc plutôt oui à ce jour.

Elle-même HPI, c’est avec clairvoyance que Valérie accompagne ses clients. Elle prend du temps pour leur expliquer le fonctionnement de leur cerveau et leurs relations aux autres. Ils se sentent enfin compris.

Coach’n Happy : Je pense que ce qui compte c’est la connaissance du sujet et son approche. Il est évident qu’un coach lui-même HPI, connaît le propos de l’intérieur. Mais les profils des HPI sont tellement différents les uns des autres, que l’être soi-même n’est pas suffisant.

En revanche, un coach qui ne serait pas très documenté sur le sujet et que se ferait passer pour un expert se ferait retourner comme une crêpe en moins de deux minutes, dès le premier entretien.

Quoi qu’il en soit, comme je le disais précédemment, les atypiques ont besoin que leur douance soit prise en compte dans leur coaching, donc il se tournent naturellement vers un professionnel qui connaît le sujet.

Pour ma part, je ne pense pas que cela soit nécessaire.

Crédit photo : Janko Ferlik sur Unsplash

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