Le coming out du HPI. Faut-il le dire ?

Le coming out du HPI. Faut-il le dire ?

Le coming out du HPI… C’est comme pousser un rocher au milieu du salon ou lancer un pavé dans la mare. 

L’annonce de son haut potentiel intellectuel, à l’âge adulte, quand on vient tout juste de l’apprendre n’est pas anodin et chacun se trouve confronter à ce choix cornélien : dire ou ne pas dire.

Entre sidération, agacement, incompréhension, jalousie, déni, fierté… les réactions des interlocuteurs sont multiples et imprévisibles.

Comme la tirade des nez dans Cyrano de Bergerac, l’éventail des retours est large :

La sidération : «  Ah bon ?! T’es HPI toi ? Qui l’eut cru ! »

L’agacement : « Oui bon, ce n’est pas la peine d’en faire tout un plat… »

L’incompréhension : « J’ai du mal à comprendre comment un test peut dire que quelqu’un est surdoué-e. »

La jalousie : « Qu’est-ce que tu crois ? Que tu es plus intelligent-e que les autres ? »

Le déni : « Le mieux c’est de ne le dire à personne…»

La fierté : « Je l’ai toujours su ! C’est évident ! »

Les premiers avertis sont généralement les proches dans la famille, parents, frères, sœurs, conjoint et leurs réactions sont prises à cœur et peuvent être lourdes de conséquences si elles ne vont pas dans le sens attendu par celui ou celle qui se dévoile. De ces retours dépend la suite qui sera donnée à ce coming out : l’étendre à ses amis puis au cercle professionnel.

Du point de vue de « l’annonceur », le cerveau est en ébullition et les questions, les doutes et les émotions se bousculent. Même si, en majorité, les HPI préfèrent ne rien dire, dans le monde du travail en particulier, certains l’affichent sans complexe et l’assument pleinement.

Les arguments de part et d’autre sont convaincants et audibles.

Ceux qui souhaitent ne rien dire pensent :

  • Pour vivre heureux vivons cachés
  • La technique du caméléon reste la meilleure
  • Cela ne va intéresser personne
  • On ne va pas me croire
  • On va penser que je suis imbu-e de moi-même
  • Je ne me sens pas si intelligent-e que ça alors je ne vois pas l’intérêt d’en parler

Et ceux qui le disent plus facilement y voient des avantages :

  • Je n’ai rien à cacher
  • On m’aime comme je suis ou on ne m’aime pas
  • Ma douance fait partie de moi, au même titre que la couleur de mes yeux
  • Le dire, c’est partager ce que je suis et permettre aux autres de mieux me comprendre
  • Le dire m’a permis d’être aligné avec moi-même

Entre le syndrome de l’imposteur, le manque confiance en soi et le regard des autres, le camp des « contre » reste le plus fort. Ne pas le dire, c’est une façon de se protéger de l’extérieur. Garder son jardin secret. Mais il y a aussi le danger de ne laisser s’exprimer qu’un faux self de façade et d’être en suradaptabilité en permanence. Certains adultes HPI en sont d’ailleurs les spécialistes : se fondre dans la masse, ne pas se faire remarquer… 

A contrario, pour certains, faire son coming out, c’est se libérer d’une partie de sa personnalité qui a été façonnée de toute pièce par l’adulte surdoué et vivre sa douance au grand jour. Il semble que ceux qui se dévoilent y trouvent un bien-être. Bien sûr il peut y avoir et il y aura surement des réactions de la part de l’entourage personnel et professionnel. Mais ceux qui se livrent arrivent à s’en affranchir en visant l’objectif de cet alignement avec eux-mêmes. 

Alors tout dépend de la perception que l’on a (ou que l’on a eu depuis l’enfance) de sa surdouance et du milieu dans lequel on évolue. En tant que coach, j’incite mes clients qui se demandent ce qu’ils doivent faire, dire ou ne pas dire, à se poser les questions suivantes :

  • Comment ai-je vécu la découverte de mon haut potentiel quand le psy me l’a annoncé ? Quelles ont été mes émotions ? Ai-je eu envie de le partager ? A qui ai-je pensé en premier ? 
  • Qu’est-ce que cela m’apportera de le dire ? Est-ce que cela sera bon pour moi ?
  • Comment puis-je le dire ? A qui ?
  • Qu’est-ce qui va changer pour moi si je le dis ? 
  • Quand je compare les avantages aux inconvénients d’une telle annonce, de quel côté penche la balance ?
  • Si je décide de ne rien dire, comment sortir malgré tout de ma suradaptabilité ?
  • Est-ce que garder cette information pour moi est tenable ? Quels seront les bénéfices de ne rien dire ? 

L’erreur serait de se laisser influencer par les autres alors que le coming out est une histoire personnelle. En répondant à ces questions, l’adulte surdoué prendra la meilleure décision pour lui. N’est-ce pas cela le plus important ?

8 commentaires

  • Celine Baron

    C'est tellement juste . Pour ma part, j'ai découvert ce sujet enfoui sûrement derrière mes souffrances de ne jamais me sentir à ma juste place - quand mon fils a été diagnostiqué. Je me suis toujours sentie "en dessous", "jamais assez" et je me me dis encore que c'est lié à une forme d'exigence qui me vient de la société, de mes parents ou de moi même et ma mauvaise interprétation des attentes exérieures auxquelles je ne correspond jamais assez. On me dit que je "pense trop." J'ai encore beaucoup de mal à considérer que c'est mon regard sur moi et les autres qui est en jeu et que le déclic viendrait de ce changement de point de vue, d'une forme d'acceptation intérieure, de ce que je suis ou ce que je "vaux" (car quelle est l'échelle à considérer pour cela ?). Du mal à considérer que ce peut être un atout (je ne me sens pas plus douée juste plus handicapée en fait..). Je ne me sens pas plus intelligente mais plus encombrée de toutes ces pensées. Ce qu'il me semble clé c'est de faire la paix avec soi et ses attentes, ses tortures, ses injonctions et trouver son chemin singulier. Le coaching pour cela est essentiel je crois... Merci pour ce formidable article.

    • Merci Céline pour ce beau témoignage !

    • Je me reconnais très bien dans ce témoignage aussi … auquel s'ajoute, pour moi, qqs croyances limitantes inculquées par mes parents malgré eux … Faire voler ces croyances limitantes, congédier son saboteur intérieur, limiter ce fichu syndrome de l'imposteur … c'est le chemin que je commence à emprunter à seulement 43 ans … je découvre ma cape de super-héros dans mon dos mais je cherche encore un peu le mode d'emploi ;))

      • Merci Yoan, pour votre témoignage. Il n'est jamais trop tard pour découvrir sa douance et en faire quelque chose. Vous êtes sur le bon chemin.

  • Sandrine Martinez

    Article qui raisonne en moi.J'ai longtemps vécu cachée... pour être "comme tout le monde"... Cette solution peut faciliter les relations sociales... mais accroît la souffrance intérieure.Aujourd'hui, je ne le fais savoir que si mon équilibre en dépend

  • Jean-Philippe

    Il me semble que cet article ne prenne pas en compte le fait que beaucoup de gens ignorent encore ce qu'est un HPI comme par exemple les membres de la famille ou les collègues dans l'entreprise. D'autant plus que cette notion était encore peu reconnue si on remonte à quelques dizaines d'années et quand cela concerne des personnes qui se sont révélées à elles-mêmes HPI par un test WAIS iV sur le tard, au delà même de la cinquantaine... C'est déjà pas une mince affaire de se découvrir HPI et d'en comprendre toute la signification, alors pour les autres c'est encore moins évident...

    • Merci jean-Philippe pour ce commentaire. Effectivement, cet article n'a pas vocation à expliquer ce qu'est un HPI. Il y a d'autres articles dans mon blog qui en expliquent les particularités. Se découvrir sur le tard nécessite une digestion de l'information bien avant de pouvoir la livrer à son entourage familial, amical et professionnel. Les connaissances sur le sujet sont de plus en plus visibles avec la multiplication des ouvrages, des reportages et des articles. Mes articles sont aussi là pour interpeler, les HPI et tous les autres, sur des sujets qui font débat. En parler et en débattre vont aussi dans le sens de la diffusion de l'information dans la société.

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